Team Manga | L'actu manga - anime - jeux vidéo - cinéma
Accueil » Noise Tome 3 – Chasse à l’homme

Noise Tome 3 – Chasse à l’homme

Noise est un thriller écrit et dessiné par Tetsuya Tsutsui (Prophecy, Poison City…) et édité par Ki-oon. L’auteur est connu pour ses histoires en peu de tome et Noise n’échappe pas à la règle, ce troisième volume étant le dernier. Nous vous avions parlé du second tome au lancement de Team Manga, voyons ce que donne sa fin !

Keita, Jun et l’agent Moriya s’enlisent dans la spirale du mensonge en cherchant à cacher le meurtre dont ils sont les auteurs involontaires… Le jeune policier est le premier à céder : rongé par la culpabilité, il tente en se suicidant de disculper ses deux complices. Mais l’inspecteur Hatakeyama ne se laisse pas abuser et l’enquête se poursuit… Jun est quant à lui confronté à un autre problème lorsque l’adjoint au maire essaie de le faire chanter. Tout à ses calculs, l’homme ne remarque pas la présence de M. Yokota, le vieux voisin de Keita… Alors que les victimes s’accumulent, y a-t-il une chance de stopper l’engrenage ?

On aura attendu ce dernier tome de Noise un moment, mais il est enfin là ! On retrouve Keita et Jun dans la chambre froide, avec le cadavre de M. Shoji, alors que notre personnage principal termine les préparatifs de son plan. Si on ne nous donne pas tous les détails, on comprend vite que c’est risqué, mais qu’il faut le faire. La page suivante, les flammes détruisent la chambre froide, alors que tout le village accourt. Un cadavre est là, pendu et carbonisé, avec l’alliance de Keita. Une mise en scène cherchant à le faire passer pour mort, mais permettant aussi de faire disparaître le corps de Mutsuo Suzuki.

Ce coup de bluff marque l’entrée dans le dernier acte, car si les habitants tombent dans le panneau sans se douter de rien, Jun n’arrive pas à tromper le brigadier Okazaki. Immédiatement, ce personnage va prendre en importance, car il décide de faire l’air de rien. Il s’en tient à ce qu’il considère comme sa mission “Préserver la paix dans le village“, quitte à parfois détourner le regard sur certaines choses. Évidemment, des histoires de détournement de fond, de multiples meurtres et j’en passe ferai une bien mauvaise pub pour le patelin et ne servirait pas ses habitants. C’est l’occasion pour Tetsuya Tsutsui d’enrichir son propos sur le bien et le mal, thème majeur du manga. L’agent de police a-t-il raison de camoufler la vérité ? Est-ce que servir l’intérêt des habitants prime sur la loi ? On laisse le lecteur se faire sa propre idée, sans rentrer dans la caricature ou le cliché.

Mais si le cadavre pendu n’est pas celui de Keita, où se trouve-t-il ? C’est là toute l’intrigue de ce troisième volume, qui prend la forme d’une véritable chasse à l’homme. Malgré les dissimulations de Okazaki, la police de Nagoya n’est pas dupe. Le corps ne fait pas la bonne taille, les témoignages sont tous les mêmes… Face à un village ligué contre eux, ils lancent une opération de grande envergure pour retrouver Keita. Et à raison ! Le père de famille est effectivement vivant, caché dans les montagnes. Tsutsui en profite d’ailleurs pour nous offrir quelques paysages un peu plus naturels, comme on en voyait beaucoup dans le tome 1.

Finalement, les forces de l’ordre sont bredouilles. La faute au super duo Keita-Jun qu’on suit depuis le début du manga. Pour faire cesser les poursuites, plutôt que de cacher Keita, il suffisait de faire croire que Mutsuo était encore en vie ! Jun va donc amener son téléphone loin du village, relançant l’enquête et sortant son ami de ses soucis… ou presque. C’est peut-être là que se trouve la petite faiblesse dans ce scénario rondement mené, car même si la police ne le traque plus, il ne peut pas revenir à la civilisation pour autant, étant considéré mort. S’installe alors pendant trois longues années un système de livraison de vivres entre les deux compères, alors que Jun a épousé la veuve de son ami et s’occupe de sa fille, comme promis. Si on peut entendre que Keita survive dans les montagnes grâce à cela, le fait que personne ne se rende compte du manège est assez étonnant, notamment quand on sait que Tsutomo Hakeyama est resté bloqué sur cette histoire.

C’est donc très logiquement que ce qui devait arriver, arriva. Intriguée par le comportement de son père de substitution, Erina va découvrir le pot aux roses en fouillant dans son téléphone. Les précautions prises par Jun et Keita sont assez importantes, mais malgré tout; on ne peut pas s’empêcher de penser qu’elles restent trop légères. Brûler un papier et bien sécuriser un téléphone, c’est suffisant pour une histoire d’adultère, pas quand on cache son meilleur ami dans la montagne pendant des années. La jeune fille se rend donc à l’endroit où doit avoir lieu la prochaine livraison, dans l’espoir de voir son père, mais fait une mauvaise chute et se blesse assez gravement. La police est dépêchée pour retrouver la jeune disparue, une décision qu’on sent douloureuse pour Jun qui est obligé de “trahir” son ami. C’est finalement Keita qui vient la sauver, se rendant à la police pour qu’elle reçoive les soins nécessaires.

Si cette chasse à l’homme et le manga dans son ensemble aura été palpitant, il nous laisse un arrière-goût étrange. Tsutsui est indiscutablement un maître du suspens, avec ses atmosphères pesantes et ses intrigues courtes et efficaces, mais celle-ci aurait pu durer un peu plus longtemps et mettre l’accent sur la traque, ou bien quelques chapitres de moins et offrir une résolution plus rapide. Ce village et ses habitants avaient un potentiel qui aurait peut-être pu donner une série plus longue, à se demander si l’auteur ne serait pas un peu enfermé dans son style de narration. Quoi qu’il en soit, Noise aura été un plaisir à suivre et nous laisse avec des questions. Les victimes méritaient-elles leur sort ? Jun et Keita ont-ils vraiment leur place en prison ? Une chose est sûre, on attend avec impatience le prochain manga de l’auteur.